Pourquoi le libéralisme est coupable de haute trahison

 

L’actualité nous aura tristement donné raison : il y a un mois et demi, nous fustigions dans « La guerre tiède » les inconséquences de la politique intérieure et extérieure de la France – sans prévoir que ces inconséquences de l’idéologie auraient de telles conséquences dans la réalité qui toujours rattrape l’idéologie.

Parmi les multiples causes qu’on cherche aux attentats de vendredi dernier, parmi les multiples coupables dont on fait quotidiennement le procès, l’une des moins identifiées est sans doute le rôle du politique, qui s’est tout d’un coup drapé de blanc en décrétant l’unité nationale. Cette mesure – exactement comme l’Union sacrée en 1914 ou le Bloc national en 1919 – a pour avantage de camoufler la responsabilité du politique, respectivement lors des attentats ou lors d’une guerre.

La manœuvre a pourtant eu un effet limité : très vite, et de façon assez indécente, les partis politiques sont retournés au pugilat, dans l’arène de l’Assemblée, en s’accusant à qui mieux mieux de tous les maux. Comme d’habitude, ils ont fait mine d’ignorer que l’UMP/LR et le PS sont aux commandes de l’État depuis que la menace islamiste s’est précisée, dans les années 1990. Le discours de François Hollande après les attentats était, à cet égard, hautement stratégique : il a consisté à reprendre par avance les idées de droite, voire d’extrême droite, relayées sur les plateaux médiatiques avec l’éternelle rengaine, « ah ! si on nous avait écoutés ». Reprendre les idées de droite ? Il l’avait déjà fait sur le terrain socio-économique bien avant de le faire sur ces thèmes. Et si c’était justement l’origine du problème ? Si ces idées libérales comptaient parmi les causes premières des attentats de vendredi dernier ?

À double titre, donc, aussi bien en politique intérieure qu’en politique extérieure.

1) Les attentats signent la faillite d’une politique ordo-libérale qui a consisté à détruire la police de proximité, les services de renseignement, l’armée, la santé, l’éducation – autant d’acteurs qui s’avèrent aujourd’hui en première ligne dans l’opération de reconquête, dans la tentative de ressouder un pays sur des principes républicains. Après avoir démissionné de presque toutes ses fonctions régaliennes, l’État découvre aujourd’hui la chaîne de conséquences absolument lamentables de la politique d’austérité. François Hollande jure maintenant ses grands dieux que le « pacte de sécurité » l’emportera sur le « pacte de stabilité » budgétaire (celui dont l’Allemagne nous chantait les louanges) : il aurait mieux fait de parler de « pacte d’instabilité », car ce pacte a permis à l’islamisme de semer la mort, sur les cendres fraîches de l’État.

2) Les attentats coordonnés au Moyen-Orient soulignent un point sur lequel nous attirions l’attention le mois dernier, à savoir les tares de la géopolitique française. Combien symbolique apparaît aujourd’hui le choix d’avoir vendu nos avions, non pas à la Russie, ce nouvel allié en Syrie, mais à l’Arabie saoudite dont les affinités avec l’islamisme radical sont de moins en moins dissimulables ! Sans parler des grandes démonstrations d’amitié prodiguées au Qatar : elles furent inaugurées sous Nicolas Sarkozy, défendues ensuite par François Fillon, et n’ont jamais été remises en question par le Parti socialiste au pouvoir. Oui, Hollande ressemble à Bush : pas seulement à travers son discours aux accents guerriers, qui sonne plutôt comme un aveu de faiblesse, mais par ce même refus de comprendre en quoi son propre gouvernement a joué un rôle, dans ce vendredi dramatique que nous avons connu.

Gauvain

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