Mascarade autour des « migrants » 

Les médias adorent parler d’un sujet jusqu’à la saturation pendant un mois, en relayant les mêmes éléments de langage, avant de se taire complètement. La terminologie officielle, le jargon d’usage est donc « migrant », un anglicisme absurde qui a pour seul avantage de vouloir tout et rien dire. Tentons une explication : il fallait éviter le mot « réfugiés » ou « demandeurs d’asile » qui nous donnerait mauvaise conscience de ne pas réagir ; éviter « expatriés » ou « exilés », vocables réservés de toute éternité aux Français partant à l’étranger ou y dissimulant leur argent ; éviter le mot « immigrants » ou « immigrés » qui fait peur, surtout venant de pays musulmans. Et peu importe que ces « migrants » fuient Daesh ou la Syrie.

Quelques règles d’or des médias : 1) ne pas fatiguer l’esprit par des mots ; prendre n’importe quelle photo pour faire tirer des larmes, son effet sera plus immédiat et moins durable. Une photo d’enfant, où qu’elle soit prise, aura plus d’effet qu’un discours rationnel et dissuadera de chercher les causes du problème. 2) ne pas chercher les causes, donc, et aller directement à la case « symptômes ». Ne pas dire d’où viennent les « migrants », ni qu’ils fuient des pays où il fallait intervenir depuis un an. Le gouvernement Sarkozy, avec sa faculté à manquer tout ce qu’il entreprend, avait choisi d’aller en Libye et pas en Syrie, ajoutant du désordre au désordre. Et le gouvernement Hollande, amoureux des entreprises, a la faculté de ne jamais rien entreprendre.

Les médias auront tout de même, cette fois, pris une sacrée leçon d’hypocrisie et de manipulation de la part des décideurs politiques. Mme Merkel, qui n’a que faire d’affamer les Grecs, se découvre une générosité particulière depuis qu’elle voit débarquer des flots de « migrants » corvéables à merci pour des mini-jobs qui baisseront artificiellement le taux de chômage. La générosité s’arrête au porte-monnaie car Mme Merkel, pas plus qu’elle n’avait l’intention de soutenir l’expédition militaire française au Mali, n’a l’intention de payer plus que sa part au tribut européen. Elle a même fait une découverte sonnante et trébuchante : la Hongrie aurait un régime d’extrême droite ! Dommage qu’elle n’ait pas lu notre blog car nous en parlions depuis deux ans. Il y a encore un mois, l’ennemi absolu était la gauche pourtant très modérée et pro-européenne de Syriza ; aujourd’hui, elle découvre que le danger vient de la droite. Avec un peu de chance, elle apprendra bientôt l’existence d’Aube dorée.

Mme Merkel entend donc se racheter une conscience pendant les soldes, en parlant de l’« âme » de l’Europe. L’âme ! Il n’en était pas question avec la Grèce. On croyait que ce mot était réservé aux bobos parisiens. Demande-t-on une âme aux marchés et aux agences ? S’est-elle jamais préoccupée des travailleurs de l’Est qui touchent 4 euros par heure pour faire vivre les entreprises allemandes ? Avec ses vibrants appels à agir, l’Allemagne croit peut-être qu’elle fera oublier sa double responsabilité socio-économique et diplomatique. Libérale, réactionnaire et attachée aux « racines chrétiennes », la Hongrie n’est qu’une Allemagne un peu outrée ; l’un refoule les étrangers et l’autre les exploite. L’hostilité soudaine de Mme Merkel contre la Hongrie fait penser à ces jeux en équipe où, pour ne pas révéler le nom de son partenaire, on fait comme si l’on jouait contre lui. Soit on admire le bluff à la fin de la partie, soit on découvre en cours de jeu la vaine mascarade.

Gauvain

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