Le double fiasco de l’Union européenne

Parmi les multiples échecs qu’on peut imputer à l’Union européenne, les deux plus graves  concernent certainement les deux objectifs qu’elle s’était fixés à l’origine, les deux pierres fondatrices et justificatives de son action depuis le traité de Rome de 1957 sous le nom de CEE. Notre propos n’est évidemment pas d’incriminer ces idées ni d’accuser les hommes qui ont cherché à les mettre en œuvre pendant plusieurs décennies : ces objectifs étaient louables, mais précisément ils ont été abandonnés ou exploités au service de fins qui les rendent aujourd’hui nuls et non avenus.

1° L’Union européenne était censée préserver la démocratie en Europe après le traumatisme laissé par les régimes totalitaires. Les consultations citoyennes, qui ont encore permis de faire passer le traité de Maastricht en 1992, ont été peu à peu réduites à la portion congrue. Après le non au référendum sur le traité de 2005, la hantise n’était plus le risque d’un retour du totalitarisme mais le risque d’un retour à la démocratie. Ainsi du référendum sur la Grèce, formidable aventure démocratique qui a tellement terrifié l’eurotechnocratie qu’elle stipule, dans le récent « accord » conclu avec la Grèce, que toute procédure référendaire sera soumise au préalable à l’avis de la Commission. Autrement dit : toute tentative démocratique doit être contrôlée par un organe non démocratique.
De fait, parmi tous les organes directeurs de l’Union européenne, aucun n’est élu démocratiquement : comme le relève Jacques Sapir, l’Eurogroupe n’a même pas d’existence légale. C’est peu dire que l’Union européenne est (suivant la douce litote de Wikipedia) une « association politico-économique sui generis » ! Le président M. Jean-Claude Juncker a été choisi à la suite de tractations qui n’ont rien à envier aux dictatures de tout poil. Eurogroupe, Commission européenne, Banque centrale européenne sont autant de noms pour déshonorer l’idée européenne et dissimuler la part prise par l’Allemagne – c’est-à-dire l’intégralité du processus de décision, comme l’explique l’ancien ministre des Finances, M. Yanis Varoufakis, depuis qu’il a retrouvé sa liberté de parole (et de ne pas porter de cravate !)
Un institut de sondage a vraisemblablement été payé pour inventer des résultats avant le référendum en Grèce puisqu’il est parvenu à prédire, le jour d’avant, une victoire du oui. Avec une marge d’erreur de 20 points ! Dans toute entreprise digne de ce nom, le responsable de l’institut de sondage aurait été licencié dans l’heure. La manipulation était énorme, elle a à peine été relevée dans les médias, sinon par l’excellente analyse d’Alain Garrigou à laquelle nous ne pouvons que renvoyer. Cette entreprise éhontée n’a du reste pas suffi, au grand dam des dirigeants européens qui se sont offusqués de voir une tache démocratique dans la dictature immaculée qu’ils préparaient. Un pays d’extrême droite comme la Hongrie ne pose aucun problème mais un pays de gauche, même d’une gauche aussi peu radicale qu’en Grèce, est inconcevable dans l’Europe démocratiquement-de-droite que les libéraux, fidèles à leur mentalité, cherchent à nous vendre.

2° L’Union européenne était censée assurer la paix et empêcher une troisième guerre contre l’Allemagne. Ironie du sort, les pays européens avaient pour ce faire consenti à rayer la dette que devait payer l’Allemagne au sortir de la Seconde Guerre mondiale ; mais les choses se sont complètement retournées, et il semble que la générosité à l’allemande soit une charité qui commence par soi-même. On reconnaîtra au minimum une sérieuse tendance à l’impérialisme économique, de la part de ce pays à qui l’on a interdit pendant longtemps l’usage des armes et même l’exhibition du drapeau.
Comme nous en alertions dès le 3 juin 2014 dans notre article « L’extrême droite ou l’extrémité du libéralisme », les discours médicalisants de M. Wolfgang Schaüble, ci-devant ministre allemand de l’Economie, sur les pays « sains » du Nord et les pays « malades » du Sud de l’Europe, ne laissent guère de doute sur le modèle historique sous-jacent à cette vision de l’Histoire [i], que les médias diffusent complaisamment avec la meilleure conscience du monde. Et le vote du Parlement grec pour accepter la mise sous tutelle du pays ressemble à s’y méprendre à un certain vote de juin 1940 qui préparait tranquillement l’annexion d’un pays par un autre. L’« économie » ? C’est la guerre poursuivie par d’autres moyens.

 Gauvain

[i] M. Schaüble n’est pas homme à balayer devant sa porte, mais plutôt devant celle des autres : il comparait M. Poutine à Adolf Hitler pas plus tard que l’année dernière.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s