Les chaises (musicales)

Mieux vaut rire que pleurer. (Proverbe français)

 

Il y a quelque temps, Jean-Luc Mélenchon confiait, dans un accès de sincérité devenu rare dans ce milieu : « La vie politique de notre pays m’épuise ». Comme il est parfois épuisant d’écrire des articles – et de les lire ! nous disent certains… –, nous traiterons le remaniement ministériel en faisant simplement une liste (sélective) du nouveau personnel.

Les ministres :

Manuel Valls : Aujourd’hui, un homme politique de gauche est donc jugé sur ses sondages à droite et à l’extrême droite, sur la capacité de flatter le camp supposé adverse. On s’émerveille de voir quelqu’un qui, même à la primaire du Parti socialiste (lequel n’est pas connu pour être très à gauche !), récoltait 5 % des voix, soit le score le plus faible, très loin derrière Arnaud Montebourg et Martine Aubry. Mais Manuel Valls a une autre recommandation qui pèse dans la balance : Sarkozy l’avait approché pour le faire entrer dans son gouvernement en 2007. Qui a dit que Hollande était un antisarkozyste primaire ?

Arnaud Montebourg : On l’a entendu prôner la démondialisation, attaquer la politique libérale de Mme Merkel, défendre le made in France : il prend maintenant l’avion pour réciter à Berlin la leçon que Bruxelles lui a apprise et que son art oratoire lui permettra de déclamer en mettant plus de ton que les autres. Mais il ne s’assoit pas à côté de Michel Sapin !! dit-on pour montrer qu’il est resté fidèle à ses convictions.

Michel Sapin : Parce qu’on ne change pas une équipe qui perd, celui qui a échoué à faire baisser le chômage se retrouve aux Finances. L’idiot ! Alors que pour faire baisser le chômage, il suffisait de mettre tout le monde au SMIC (voir Manuel Valls) ! Heureusement, à partir de maintenant, il ira fréquemment en Allemagne pour apprendre.

Bernard Cazeneuve : Son autre nom est Charisme, à moins qu’il ne soit, comme dans L’Odyssée, Personne. Il sera le digne successeur de Valls à l’Intérieur : comme lui, il atteste qu’on peut être partisan du non au Traité constitutionnel européen de 2005… et partisan du oui, quand on vous propose un poste dans un gouvernement euro-libéral.

Benoît Hamon : L’aile gauche du PS et l’économie, c’est un peu comme les enfants qu’on éloigne du feu. On a placé Benoît Hamon à l’Education, où l’on pense qu’il pourra difficilement faire pire que Vincent Peillon. Mais cette opération de haute politique n’a visiblement pas suffi : l’aile gauche du Parti socialiste doute encore que le discours d’intronisation de Valls fût de gauche. Dans le doute, elle s’est abstenue.

Jean-Yves Le Drian : Moins connu pour avoir rempilé au Ministère de la Défense que pour avoir refusé le poste de Premier ministre. Les mauvaises langues diront que Valls était donc numéro 2 derrière Le Drian… Le bonhomme en apparaîtrait plutôt sympathique, s’il n’avait pas ainsi favorisé l’accession de Manuel Valls.

Najat Vallaud-Belkacem : Les joyeux lurons du Parti socialiste lui donnent à la fois les femmes, la ville, la jeunesse et les sports (voir Laurence Rossignol). Ils estiment vraisemblablement que confier un grand ministère à une femme reste un sport de combat.

Aurélie Filipetti : Là où l’ingrate Delphine Batho accusait son ministère d’être défiguré par les coupes budgétaires, Aurélie Filipetti n’a dit mot des amputations répétées aux grands projets culturels de l’Etat (contrairement à Frédéric Mitterrand, son prédécesseur à la Culture). Aussi méritait-elle d’être reconduite.

Les secrétaires d’Etat :

Jean-Pierre Jouyet : L’homme qui non seulement a travaillé pour Nicolas Sarkozy mais est demeuré à son gouvernement après la phase de l’« ouverture » (rires à gauche) entre maintenant au gouvernement à l’appel de Hollande. Un ami proche, répète-t-on d’un air pénétré.

André Vallini : Après avoir tant fait, en pure perte, pour avoir un poste sous Jospin, puis sous Royal, et enfin sous Sarkozy (voir Jean-Pierre Jouyet), ce sénateur méritait bien un fromage. Les journalistes patentés laissent tomber une larme. Après trente ans d’échecs, Bayrou gagne une élection et Vallini gagne un secrétariat d’Etat : ça, c’est du renouvellement !

Laurence Rossignol : Elle a regroupé en un même titre La femme, le fou et le colonisé. Mais se dit toujours féministe.

Jean-Marie Le Guen : Réussir à nommer à la fois un ancien ennemi personnel et un ancien strauss-kahnien était une gageure que seul Hollande pouvait tenir. Avec de pareils soutiens, le président n’a pas besoin d’opposition (larmes à droite).

Les maillons de la chaîne :

Harlem Désir : Commençons par le maillon faible. En politique, il faut désormais être le plus mauvais possible pour avoir un poste. Pour récompenser Harlem Désir de ses prises de position à l’emporte-pièce et parce qu’il faut trouver des coupables autres que le président au désastre des élections municipales, le voilà muté aux Affaires européennes. On notera au passage la leçon de démocratie interne que donne Hollande en renvoyant de son propre chef (c’est le cas de le dire) un homme élu à l’occasion d’un congrès du parti. Dommage qu’on n’y soit pas allé aussi franchement avec Jean-Noël Guérini.

Jean-Christophe Cambadélis : Bien qu’il ait tout du parfait notable du Parti socialiste, il effrayait par son rattachement aux aubryistes (voir Martine Aubry). En conséquence, on lui donne le secrétariat du PS par intérim. Du reste, tout le monde au PS se sait intérimaire jusqu’à 2017.

Martine Aubry : C’est une plaisanterie de l’ajouter à la liste car on n’a rien donné à Martine Aubry. La loi sur les 35 heures suffit à la faire juger trop à gauche ! Si le PS remontait dans le temps, il militerait pour le CPE.

Gauvain

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