Entre trois maux…

Jamais deux sans trois : après le bilan salé laissé par cinq ans d’UMP – faillite économique, faillite sociale, faillite morale –, repris et poursuivi sans scrupule depuis deux ans par le Parti socialiste, voici un troisième larron intéressé par la soupe et aussi bien servi par les médias que l’avaient été en leur temps Sarkozy, DSK et Hollande : le Front national. Ou plutôt – car la lâcheté n’est pas propre à l’UMP et au PS –,
le « Rassemblement bleu marine », puisque l’extrême droite dans ce pays n’ose pas dire son nom et fait passer la droitisation de la vie politique française pour « la fin du bipartisme droite/gauche ». Voilà donc Marine Le Pen, gonflée à bloc par ses résultats au premier tour des municipales, promettant après sept années de droite (Chirac était un centriste à côté !) un grand « renouvellement » qui consistera à passer la barre… à droite.

On comprend mieux pourquoi les médias ont décidé, depuis quelques mois, de faire la promotion du Front national : tout changera pour que rien ne change, l’idéologie droitière – immigration, fiscalité – passera peut-être mieux avec Marine Le Pen. Sans rire, nous entendons certains commentateurs prétendre que la fille de Jean-Marie Le Pen incarne un changement de génération… Dans ces conditions, on se dit que Thomas Hollande et Jean Sarkozy ont toutes leurs chances pour se présenter aux présidentielles de 2022 !

Soyons sérieux : que peut-on attendre de nouveau du Front national ? Qu’ils gênent un peu « Bruxelles » comme le prétend Mme Le Pen ? Mais il n’y a qu’à voir la réaction de l’Union européenne quand un parti d’extrême droite arrive au pouvoir en Autriche ou en Hongrie : ils s’en accommodent tout à fait, à la fois par couardise mais aussi parce qu’ils sont assurés que la politique socio-économique ne changera pas. Tout juste faudra-t-il trouver un compromis entre les immigrationnistes du Medef et les xénophobes d’extrême droite ; mais l’essence du libéralisme n’est-elle pas de toujours trouver des compromis – et d’abandonner ses grandes missions salvatrices pour des compromissions ?

En ces conditions, il ne s’agira pas dimanche de voter « utile », comme le veut le Parti socialiste qui a grand besoin d’un renfort d’idiots utiles ; il ne s’agira pas d’opposer à la dureté du Front national la mollesse d’un Front républicain. Au-delà du second tour de ces municipales, l’enjeu pour la gauche est d’opérer enfin sa recomposition, si elle ne veut pas céder face à la recomposition de la droite à laquelle on assiste lentement mais sûrement. Entendre Henri Guaino dire que François Bayrou n’est pas à droite est hautement significatif de ces manoeuvres post-sarkozystes. Une fois que l’extrême droite du FN et la droite extrême de l’UMP auront fusionné, non plus seulement dans le discours idéologique mais sur le terrain, la gauche aura tout intérêt à avoir construit une opposition farouche et déterminée. Sans cela, il y aura des grincements de dents beaucoup moins drôles à entendre que ceux d’hier.

Gauvain

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