Le référendum suisse contre l’immigration

Comme avec chaque article, nous n’avons pas l’intention ici d’attaquer la Suisse en particulier, mais de comprendre les racines du mal libéral dont le référendum suisse est un exemple criant. Ce référendum, mené à l’initiative de l’UDC (qui correspond à l’UMP suisse dans son double versant conservateur-libéral), proposait la restauration des quotas d’immigration : le oui l’a emporté à une courte majorité de 50,3 %, alors que depuis des mois, les médias annonçaient, selon leur habitude, l’inverse.

Mettons de côté notre agacement à voir une nouvelle fois les médias induire en erreur et, bien pire, avoir un effet contre-productif sur le résultat de la votation en suscitant la colère de ceux qui ne sont pas écoutés. Ces mêmes médias étaient d’autant plus fâchés contre le résultat qu’ils avaient prévu le contraire, mais cela ne les a pas empêchés de pronostiquer aussitôt l’isolement dramatique de la Suisse[i], avec la gravité et la fatuité dont les journalistes de tous les grands médias eurent le secret pour saluer le jour radieux (sic) où la France passait à l’euro. Mais comme on sait depuis longtemps que les médias ne représentent qu’eux-mêmes et la classe qui les finance, quittons l’écume où bouillonne la colère de Christophe Barbier et Nicolas Demorand – pour poursuivre l’analyse dans les profondeurs où on ne les entendra plus.

Un rapide regard sur le vote montre une différence entre le non majoritaire en Suisse romande et le oui majoritaire à Genève : on pense naturellement au cas français et à la facilité du Front national à s’emparer des campagnes et des petites villes, tandis que l’UMP et le PS se partagent plutôt les grands ensembles urbains. Mais il s’agit moins d’opposer ici ce oui et ce non, avers et envers de la même médaille peu reluisante. En toutes choses, il faut chercher à qui le crime profite ; et, de même que dans les sondages, on en apprend beaucoup plus en analysant la question que les « réponses » ou les échantillons qu’on veut bien nous en donner.

Or revenons à l’origine du référendum suisse, qui n’a rien d’une « initiative populaire » mais tout d’une initiative partisane et idéologique. On l’a dit, l’UDC est à la fois conservateur sur le plan des mœurs (ne disons pas moral) et libéral sur le plan économique. La question posée par ce parti, déjà à l’origine du référendum contre la construction de minarets, était donc viciée de l’intérieur : par voie de conséquence, la double réponse l’est aussi. Entendons que si le non manifeste un réflexe de peur, de frilosité de la part de cantons accueillant pourtant peu d’étrangers, le oui manifeste seulement la conformité au dogme libéral de l’immigration économique choisie, celui-là même que l’Union européenne (par la voix de Berlin) s’est empressée de rappeler, sitôt connus les résultats de la votation. Car s’il n’est pas question pour l’UE de remettre dans le bateau les immigrants qui se noient, il s’agit bien de conserver ceux qui viennent remplir les places vacantes sur le marché du travail : c’est même à ces places « libres » que se limite la « liberté » des « libéraux »[ii].

Ainsi, qu’on ne compte sur nous ni pour saluer la victoire imprévue du non – ces idiots utiles – ni pour saluer les partisans du oui – ces idiots inutiles qui sont, à l’instar du Parti socialiste en France, les premiers responsables de la montée du non. Nous voyons simplement s’exprimer à travers ce référendum les deux visages du libéralisme européen, économique et sociétal, à savoir le néolibéralisme et l’extrême droite. L’UDC n’a aucun problème à défendre le secret bancaire et les capitaux étrangers tout en refusant l’arrivée d’immigrés : elle n’a pas plus de conscience que l’UMP et pense que la synthèse de ses deux courants idéologiques vaut bien cette schizophrénie – comme Jean-François Copé, quand il défend les prières de rue des Veilleurs contre le mariage pour tous, pense que l’Elysée vaut bien une messe.

Gauvain


[i] Le Point a tout osé en parlant de « mise au pilori ». Pour une fois, ils risquent de se mettre à dos Valeurs actuelles ! http://www.lepoint.fr/monde/la-suisse-tente-d-eviter-la-mise-au-pilori-11-02-2014-1790605_24.php

[ii] Le patronat suisse ne s’y trompe pas et sait qu’il n’a rien à craindre, témoin http://www.lematin.ch/suisse/Nick-Hayek-Pas-de-raison-d-avoir-peur/story/19185699

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