Les journalistes politiques : Closer… to nothingness

Tout d’abord, Contrat social vous fait part de ses meilleurs vœux. Pas les vœux présidentiels, ceux qui valorisent la souffrance, la rigueur et l’expiation, importés en droite ligne de chez nos voisins d’outre-Rhin. Pas non plus les vœux minables de ceux qui jugent le bonheur en fonction du PIB et du pouvoir d’achat. Parmi nos vœux, il y aurait plutôt celui d’assister en 2014 à un progrès qui serait à la fois modeste et considérable : avoir un journalisme politique digne de ce nom. Certes, Newsweek a montré avec son récent article sur le « déclin de la France » la nullité abyssale d’un traitement bourgeois-libéral de l’information qui connaît aussi bien Paris que Nathalie Kosciusko-Morizet et s’imagine que la modernité consiste à reprendre les expressions de 1880[1]. Mais soyons justes, les principaux journaux français ont répliqué de belle manière en cherchant à rivaliser de nullité avec Newsweek dans leur interprétation des vœux de François Hollande.

C’est à n’en pas croire ses yeux : le président de la République aurait fait un « tournant » social-démocrate ou social-libéral (un grand débat scolastique a été lancé à ce sujet, une concertation d’esprits, de Christophe Barbier à Franz-Olivier Giesbert en passant par Nicolas Demorand). Aucun de ces gens qui fréquentent les hommes politiques en privé n’avait jusque-là réussi à entendre de leur bouche qu’eux-mêmes, en off, comme on dit, se reconnaissent libéraux ? Non : les grands journaux français auront mis deux ans à comprendre en partie ce que ce blog répète depuis le début du quinquennat. En partie seulement : ils n’auront comblé leur retard que lorsqu’ils auront ôté le fétiche « social » et conservé le mot « libéral » (ou « démocrate », si l’on entend par ce mot la tendance politique majoritaire aux Etats-Unis). Une telle impossibilité à informer sur la nature de la politique mise en œuvre, à comprendre les clivages politiques actuels, a de quoi rendre inquiet.

A leur décharge, ces journalistes politiques ont laissé l’accessoire (quelle est la politique du pays) pour un événement passionnant s’il en est : avec qui couche le président ? Voilà qui a tenu en haleine non pas le peuple français qui n’en a cure, mais ces grands esprits journalistiques, au point qu’ils s’interviewaient eux-mêmes pour savoir qui poserait la question la plus bête possible sur ce sujet à François Hollande. Et BFM et I-Télé de se relayer toute la journée, pour savoir qui aurait la chance insigne de se rendre aussi ridicule que la presse étrangère. Naturellement, personne n’a été invité sur les plateaux de télévision pour renvoyer les journalistes politiques à la vacuité de leur traitement de l’information.

Ecoutons le ressort de leur argumentation, défendu à qui mieux mieux par les « experts » et les journalistes : à partir du moment où l’affaire privée a été exposée par les médias, alors elle devient publique. En somme, c’est comme si vous arrêtiez un pyromane qui vient d’allumer un incendie et qu’il répondait : oui, mais maintenant que le feu a pris, tout le monde est responsable. Il paraît que de plus en plus de Français se désintéressaient de la politique : nul doute qu’avec cette « affaire » (sic), ils n’y reprennent goût de plus belle. On voudrait maintenant proposer à tous ces journalistes politiques de quitter leur poste, s’ils se sentent à ce point incapables de faire une analyse politique – et de rejoindre Closer ou Newsweek.

Gauvain


[1] Selon Newsweek, le demi-litre de lait coûte en France 3 euros. C’est sans doute dû à notre « coût du travail ».

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