L’allègement des entreprises-charges

Les cadeaux fiscaux pleuvent comme jamais sur les entreprises, selon un rythme inversement proportionnel à la hausse des impôts sur les ménages. Aucune remise à plat à espérer de ce côté ! Le MEDEF, par la voix de son nouveau pion, Pierre Gattaz, fait toujours la fine bouche devant les milliards qu’il parvient à voler aux citoyens n’ayant pas de lobby suffisamment puissant pour se faire entendre ou n’ayant encore cassé aucun radar sur les routes. L’UMP n’a toujours pas agrandi le lexique de son vocabulaire macro-économique, qui se réduit imperturbablement à « compétitivité », comme s’il suffisait de produire pour que les gens consomment. Mais s’il fallait recenser les inepties des uns et des autres, le blog se transformerait rapidement en somme indigeste ; contentons-nous ici de lancer quelques pistes qui permettraient de réduire les fameux « coûts » des grandes et moyennes entreprises pour le bénéfice de tous, sans en passer par ces « allègements » de cotisations patronales – qu’il faudrait plutôt nommer enclumes sur le dos du reste du monde.

1) Fixer un taux de proportionnalité entre le plus haut et le plus bas salaire de l’entreprise. Plutôt qu’un plafonnement, qui reviendrait à limiter de facto la marge de progression des bénéfices de l’entreprise, plutôt qu’un relèvement au rabais des parachutes fiscaux, qui ne touche que les grandes entreprises et n’aurait d’effet que ponctuel, la proportionnalisation des salaires s’annonce comme une mesure juste, équitable, réaliste, dans la mesure où elle garantit un taux d’accroissement conjugué des revenus et favorise la cohésion entre les membres de l’entreprise. Par salaire, on entend soit un revenu fixe, soit la part du chiffre d’affaires de l’entreprise qui revient effectivement au patron ou à ses gérants/sous-dirigeants. L’écart type entre le revenu le plus élevé (R) et le plus bas (r) pourrait être d’abord assez large (R = 20 x r) puis aller se réduisant pour atteindre 10 x r à moyen terme : ainsi, dans une entreprise où l’ouvrier le plus mal payé touche 1430 euros/mois, le dirigeant ne pourra dépasser 28 600 euros dans un premier temps, 14 300 euros ensuite. On garantira ainsi que la redistribution suit les effets positifs de la croissance et que, pour une même entreprise, le gel éventuel des salaires des employés trouve sa justification dans le gel effectif du salaire des dirigeants.

2) Rationaliser, c’est-à-dire limiter au strict nécessaire les diverses notes de frais dans les entreprises. On ne compte pas les entreprises, de moyenne ou grande taille, qui abusent de ce système : il semble que l’abus soit consubstantiel, et les notes de frais se transforment parfois en véritables cadeaux réservés aux cadres supérieurs. Limitation des frais de transport (pourquoi prendre le taxi au lieu du métro ?), des déjeuners d’affaires (pourquoi inviter dix personnes quand trois suffisent ?), des envois postaux, etc., voilà quelques-unes des pistes qui auraient dû être suivies depuis longtemps par les dirigeants eux-mêmes pour le compte de l’entreprise, et que l’Etat devrait en amont rappeler aux dirigeants, en aval retenir comme solution alternative au licenciement de personnel.

3) Rétablir l’autorisation administrative préalable de licenciement, conquête de l’après-guerre qui fut supprimée en 1986 sous la pression d’un certain Yvon Gattaz, père du pion du même nom.

4) Proportionner la somme touchée par tout patron qui quitte son entreprise en fonction du chiffre d’affaires effectif de celle-ci. Loin de nuire à la productivité de l’entreprise, cette mesure devrait la multiplier, car la prime de départ du patron sera conditionnée à ses résultats effectifs, comme c’est le cas pour tout employé qu’on charge d’une mission. On va dans le sens d’une plus grande incitation à réussir, tout en protégeant les salariés au cas où l’entreprise perdrait de l’argent.

5) Redéployer systématiquement les sommes réservées aux « parachutes » et autres primes des grands patrons dont l’entreprise ferme, afin d’indemniser les salariés licenciés ou de prolonger la durée de vie de l’entreprise.

6) Supprimer une grande partie des niches fiscales et contournements « légaux » permettant notamment aux grands groupes de ne quasiment pas payer d’impôt sur les sociétés.

7) Imposer les dividendes des entreprises selon des tranches jusqu’à un seuil de 100 %, afin de limiter la place de ces revenus parasites dans l’économie et de limiter l’effet de limitation de l’investissement que produit la rentabilité excessive du capital.

8) Assurer un suivi de tout « allègement de charges » accordé aux entreprises afin d’en garantir la cohérence économique, autrement dit en finir avec les chèques en blanc du type « crédit impôt compétitivité emploi », quatre mots dont on n’a même pas réussi à tirer une phrase cohérente…

Gauvain et Gavroche

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