Enseignements des législatives en Allemagne

Rappelons brièvement les résultats des dernières législatives en Allemagne, dont on sait l’enjeu pour un pays qui n’a pas de vrai président de la République : le parti chrétien-démocrate de droite conservatrice de Mme Merkel (41,5 %), qui manque de peu la majorité absolue, a écrasé l’équivalent allemand du PS (moins de 26 %) ; les Verts et l’équivalent du Front de gauche ont obtenu un score faiblard (8,5 % chacun) ; l’extrême droite et la droite libérale manquent de peu les 5 % requis pour entrer au Parlement.

Quelques enseignements, à chaud :

1) Le droit du plus fort fascine toujours ; le pays qui souffre moins de la crise (selon les critères néolibéraux, c’est autre chose quand on regarde l’état social du pays) s’accommode aisément de l’égoïsme national et suit la CDU de Mme Merkel dans une politique pragmatique, sans souci d’aider ses partenaires européens dans la nécessité mais volontiers donneuse de leçons, en accord avec Bruxelles, bien que le pays présente un taux de bas salaires anormalement élevé en Europe et un taux de chômage artificiellement minoré par le travail à temps partiel.

2) Le profil du chef de la SPD, grand bourgeois à la Dominique Strauss-Kahn, n’a sans doute pas aidé son parti, mais c’est aussi un avertissement pour le PS que les sociaux-démocrates soient à ce point punis par la droite. On préfère, comme dit l’autre, l’original à la copie, et l’on se demande pourquoi voter social-démocrate si c’est pour avoir à l’arrivée la même politique libérale. La différence entre nos deux pays, c’est que le sentiment de répulsion antisarkozyste n’a pas d’équivalent en Allemagne : c’est l’une des erreurs du chef de la SPD d’avoir grossièrement attaqué la CDU, avec son bras d’honneur en pleine page d’un magazine.

3) La gauche ne parvient pas à s’implanter durablement en Allemagne ; le parti Die Linke, qui était lors des dernières élections un des plus forts partis de gauche européens, perd trois points. Il souffre d’un effet de vote (in)utile et d’un report de voix sur le SPD, tout en demeurant la troisième force politique du pays. Notons que même en cumulant par habitude les scores du SPD, de la gauche et des Verts, on atteint 43 % pour les partis d’opposition qui se veulent à la gauche de Mme Merkel, contre 47 % à la coalition chrétienne-démocrate-libérale sortante.

4) Les 4,8 % de l’extrême droite et des libéraux, tromperie des chiffres, ne sauraient être mis sur le même plan : pour les premiers, cela représente une progression. Les manœuvres par lesquelles on méconnaît la représentativité de l’extrême droite existent aussi outre-Rhin, où il faut obtenir 5 % pour entrer au Parlement ; cela risque de donner dans les années qui viennent une posture de victime à un parti en hausse. En revanche, la droite libérale est en pleine déconfiture, son score n’a jamais été aussi bas dans l’histoire ; c’est que Mme Merkel suffit largement au maintien de l’ordre libéral.

5) Il sera intéressant de connaître la coalition qui se profile dans les jours à venir : le fait que les Verts et le SPD sont prêts à pactiser avec Mme Merkel, tandis que le SPD refuse toute alliance avec Die Linke, montre assez que seul ce dernier parti incarne aujourd’hui la gauche en Allemagne. La « grande coalition » a déjà un précédent historique à l’échelle nationale et le SPD et la CDU ont l’habitude de s’allier pour faire obstacle à Die Linke à l’échelle locale. L’idéologie unique sait parfaitement en Allemagne comme ailleurs simuler des oppositions entre des gens qui sont d’accord sur à peu près tout. Comme en France, les positions deviennent plus nettes avec les années ; reste à changer les étiquettes et à cesser de considérer que le SPD est à gauche : il est juste un peu moins à droite que la CDU.

6) Il convient par ailleurs de rappeler que l’abstention s’élève à 27 %, ce qui, bien que ce soit un peu moins qu’aux dernières élections, reste un taux énorme pour des élections de cette importance. Cela permet rapidement de relativiser les résultats du scrutin. 42 % de 73 %, cela fait tout juste 30 % des électeurs allemands dans lesquels on ne manquera pas de retrouver l’essentiel de la classe possédante qui sait se déplacer pour sauver son portefeuille. On est loin du « plébiscite » qui fait tant jubiler l’ensemble de la presse néolibérale, du Figaro au Monde, ce dernier trouvant d’ailleurs que 73 % de participation est un taux important (quelle idée se fait-il donc de la démocratie ?).

7) Du reste, lorsque l’on jette un oeil à la presse internationale et à la presse allemande en particulier, il n’est pas difficile de voir que la victoire de la propagande est totale. Bien plus que la victoire de la CDU, simple pion parfaitement remplaçable par le SPD, c’est la victoire d’une idéologie unique, fondant tout son discours sur une réussite fantasmée du pays dont toute la presse européenne acquise au (et par) le capital se fait écho. Les travailleurs allemands exploités se retrouvent soit dans l’abstention (conscients de la confiscation totale de la démocratie par cette idéologie unique), soit dans un vote assez résiduel pour la gauche (la vraie), soit dans la reconduction des structures mêmes de leur appauvrissement qu’on leur présente comme « la seule solution possible » pour faire de leur pays une pseudo-grande puissance qui s’autodétruit en réalité à grande vitesse et ne fait illusion qu’à court terme. On pourrait y voir un point commun avec les structures de la société américaine, qui réussissent l’exploit de faire accepter l’exploitation sauvage au plus grand nombre à coups d’indicateurs économiques faussés. Au rythme où le pays plonge sa population dans la misère, où les structures et les services publics du pays se dégradent, où sa démographie continue de battre des records d’atonie, le réveil risque d’être très difficile pour le mirage allemand, et plus tôt qu’on ne le pense.

Gauvain et Gavroche.

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