A quoi sert l’UMP ?

Benoist Apparu s’est récemment illustré par un petit coup de force rhétorique qui était censé lui donner en ouverture de son débat avec Jean-Luc Mélenchon à Des paroles et des actes l’assurance nécessaire pour ne pas être écrasé d’entrée (on retiendra à sa décharge que cela a fonctionné pendant presque cinq minutes, ce qui n’est pas si mal) : il a plus ou moins laissé entendre que le Front de gauche ne servait absolument à rien dans le paysage politique français. Au-delà du caractère inepte d’une affirmation dont l’opportunisme est évident, puisque l’on imagine bien pourquoi la seule formation de gauche encore debout dans le paysage politique français agace un homme de droite, il y a un bel effet d’esquive qui évite de se poser la question à soi-même. En effet, en ce qui concerne l’UMP, on est sérieusement en droit de s’interroger.

Il faut d’abord rappeler la formidable capacité d’amnésie d’un parti qui vient à peine de quitter le pouvoir qu’il a occupé pendant dix ans et qui se permet de donner des leçons sur la situation actuelle de la France. La crise de 2008, s’exclament-ils, a été si grave ! On a fait ce que l’on a pu. Et entre 2002 et 2008, vous n’avez rien vu venir ? Les crises économiques tombent-elles du ciel ? Voilà un beau sujet de dissertation auquel la réponse néolibérale serait vraisemblablement oui, tant tous les experts asservis à cette idéologie ont été incapables, comme les hommes politiques qui les représentent, de voir venir quoi que ce soit, quand d’autres sont conscients des faiblesses du système depuis des décennies. La politique industrielle calamiteuse des années 2000, l’absence totale de planification et d’investissement dans ces domaines, et même leur soi-disant perte de compétitivité durant la même période de temps, qui en a donc la responsabilité ? Pas eux apparemment. Il y a mieux. La politique actuelle du gouvernement, dans une continuité directe avec celle du précédent gouvernement, serait catastrophique (quand bien même l’UMP soutient la plus grande partie des projets majeurs de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault) et monsieur Apparu nous dit non seulement qu’avec Nicolas Sarkozy tout aurait été beaucoup mieux, mais en plus que ce qu’il reproche à François Hollande, c’est de ne pas aller assez loin. Il n’a donc pas peur de l’absurde : ainsi selon lui, une mauvaise politique donnera de meilleurs résultats si elle est intensifiée. Il est bien brave (et en plus il a voté en faveur du mariage pour tous, ce qui est tout à son honneur), mais honnêtement, on se demande s’il a vraiment quelque chose à dire pour défendre effectivement son parti.

Cette schizophrénie par rapport à la politique du gouvernement, assortie d’une totale amnésie et d’une position qui finit par être absurde, est largement complétée par ce qu’il se passe à côté. Benoist Apparu est le représentant d’une ligne modérée et libérale de l’UMP (et il correspond donc à la frange du parti qui n’a rien de fondamentalement différent du parti socialiste soit dit en passant) qui s’efface de plus en plus au profit d’une ligne ultralibérale, xénophobe et réactionnaire. Et même dans cette catégorie, l’UMP n’est pas dans sa meilleur forme. La seule démonstration de force de la droite conservatrice depuis l’élection de François Hollande, comme nous l’avons déjà largement commenté, s’est faite autour du mouvement de contestation contre le mariage pour tous que l’UMP n’a fait que suivre comme un bon toutou pour donner l’impression que la droite était de nouveau bien là. Ce mouvement se met pourtant à avoir des prétentions électorales qui débordent l’UMP (certainement sur sa droite) et qui ne lui plaisent guère. Pour ce qui est de toutes les valeurs d’extrême droite dont un bonne partie de l’UMP se revendique désormais, autant dire que malgré tous leurs efforts (et on peut dire qu’avoir Guillaume Peltier comme vice-président du parti est une belle preuve de bonne volonté à l’égard de tous les xénophobes de France) le Front national aura toujours auprès des électeurs une longueur d’avance.

Que reste-t-il donc à l’UMP si le parti socialiste totalement converti au néolibéralisme mène la même politique sociale et économique que lui, sans compter qu’il existe en plus des centristes qui semblent désormais être la copie conforme des « socialistes » mouvance Hollande, si les valeurs sociétales réactionnaires lui échappent dans un mouvement de contestation qu’il ne maîtrise plus et si les idées xénophobes et nationalistes restent prioritairement accaparées sur le plan électoral par le Front national ? Pas grand-chose semble-t-il, d’autant plus que le projet initial de l’UMP était une union de la droite qui n’a plus vraiment de réalité. La mauvaise foi de monsieur Apparu était un petit coup de poker rhétorique qui s’effondre bien vite quand on y regarde de plus près. Et quand on voit les dissensions réelles qui agitent les élus socialistes, pour un certain nombre desquels la conversion totale au néolibéralisme est loin d’aller de soi, la proximité de plus en plus grande entre certains élus verts et le Front de Gauche et la percée électorale initiale sur laquelle la gauche a commencé sa refondation en 2012, on peut clairement entrevoir le rôle que joue le Front de gauche dans le paysage politique français. Pour l’UMP, en revanche, on cherche toujours la réponse…

Gavroche.

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2 réflexions au sujet de « A quoi sert l’UMP ? »

  1. Il n’empêche : Benoist Apparu a posé la bonne question. À quoi servent Mélenchon et, plus largement, le Parti de gauche ? En quoi pèsent-t-ils sur le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ? De quelle initiative retenue par ses alliés socio-démocrates peuvent-ils se prévaloir ? J’observe d’ailleurs que Jean-Luc Mélenchon a été bien en peine pour répondre à la question d’Apparu… et à préféré, en bon dialecticien, détourner la conversation sur autre chose.

    • Ils ne pèsent pas sur le gouvernement actuel de toute évidence, alors même qu’ils sont légitimes à le faire. Mais c’est de cette absolue surdité démocratique et des failles béantes qui s’ouvrent au sein de la gauche que peut justement naître autour du Front de gauche une nouvelle majorité de gauche. La portion totalement néolibérale du parti socialiste finit par s’isoler d’une partie conséquente de son électorat et le rôle du Front de gauche est désormais de passer devant le PS et de reprendre les rênes, ni plus ni moins. C’est du reste le sens de la manifestation du 5 mai.

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