L’amour des religions

Il semblerait que l’éloge de la religion, dans sa version idéalisée toute spirituelle et profondément individuelle, soit la nouvelle mode d’une gauche qui se veut progressiste et qui affirme s’élever contre la réaction antireligieuse d’une gauche plus traditionnelle. Pierre Tevanian présentait récemment son nouvel ouvrage La haine des religions en prenant la défense de la religion[i], contre l’extrémisme supposé des « antireligieux ». Il commet toutefois une première erreur en introduisant sa réflexion par un retournement de l’incantation marxiste faite par des intellectuels profonds comme Michel Onfray, qui avait, lors de l’affaire de la candidate voilée du NPA, rappelé la fameuse parole de Marx « La religion est l’opium du peuple ». Devant une telle érudition, Tevanian a effectivement un boulevard. Malheureusement, s’il suffisait de réfuter Michel Onfray pour proposer une position intéressante, cela se saurait. Replacer la phrase de Marx dans l’ensemble de sa pensée et rappeler à juste titre que Marx considère le combat antireligieux comme un combat annexe, dont l’établissement comme priorité numéro un est un leurre, est certes une bonne initiative. Mais cette présentation semble ensuite se noyer dans une défense effective de la religion, alors que Marx considère cette dernière certes comme un simple outil de la domination de classe, mais dont il ne souhaite pas moins la disparition comme les autres outils de cette domination. Il considère que celle-ci, après le renversement de l’ordre bourgeois, viendra à décliner d’elle-même. Se cacher derrière Marx pour faire un éloge aussi emporté du fait religieux est donc relativement hasardeux, car dans le cas présent, on va bien au-delà de la tentative de modération face au combat antireligieux : Pierre Tévanian défend les religions, et plus particulièrement, parce qu’elle serait celle d’une minorité, la religion musulmane.

Dans cette simple présentation, l’amalgame qui est fait entre athéisme et l’idée antireligieuse est très surprenant. De même, le terme lui-même d’antireligieux semble malheureux, qui présuppose que les réflexions critiques à la fois des institutions religieuses ou de la notion de foi religieuse seraient des tentatives de détruire effectivement par tous les moyens le fait religieux, ce qui n’est pas le cas. Aucune distinction n’est établie entre athéisme et ce que l’auteur appelle « antireligieux », et ce dernier passe de l’un à l’autre comme si cela n’importait pas. Entre croire qu’il n’y a aucun dieu, et exprimer publiquement une critique intellectuelle de la notion de foi religieuse elle-même, il y a un monde, que notre auteur ne semble pas très bien discerner. Il faut dire que cela l’arrange bien. Ce n’est plus ni le féminisme, ni la laïcité, nous dit Tevanian, qui sont à l’origine d’une hostilité au port du voile, mais un sentiment antireligieux brut, qui aurait pourtant une fâcheuse tendance à se focaliser sur la religion musulmane. Que les médias se focalisent sur l’Islam, donnant ainsi plus l’occasion aux tenants de cette idée de s’exprimer à son propos, c’est un fait. Et c’est largement critiquable, surtout lorsque l’on sait à quel point une propagande pro-FN insidieuse est largement partagée par les médias dominants. L’inconséquence terrible dont feraient preuve ces antireligieux, pour la plupart d’entre eux, et dont découlerait un acharnement spécifique sur l’Islam, est pourtant pointée au mauvais moment. Car l’on aimerait voir les hordes déchaînées d’islamophobes de gauche camouflés en antireligieux qui réservent leurs traits à la seule religion musulmane et qui ne disent rien aujourd’hui des manifestations contre le mariage pour tous menées au premier rang par les catholiques intégristes. Il n’est pas certain qu’ils soient légion. Il est bien différent d’incriminer un phénomène médiatique et un courant de pensée, car il ne fait aucun doute que ces personnes ont des mots aussi durs pour les uns que pour les autres, et probablement même bien plus pour les catholiques, dont la critique véhémente est un sport national (qui n’a rien de révoltant en soi) toujours aussi bien pratiqué et qui ne risque pas de se voir opposer un quelconque discours sur la discrimination : avec les catholiques on peut y aller.

Avant même de discuter le fond de cette hostilité à la religion, il faudrait reconnaître que son inconséquence n’est pas si grande que cela dans les milieux de gauche, quand on sait le caractère véhément des discours que les représentants de ce courant développent à propos des réactionnaires religieux de tous bords. Et dès lors qu’il s’agira de réactionnaires catholiques de droite, ne doutons pas que les mêmes bobos effarouchés, si attachés à la spiritualité religieuse face à un discours s’opposant au port du voile, seront les premiers à brailler pour défendre le mariage pour tous et à déplorer tout ce que la religion catholique contient de violente réaction sociale. Quand il s’agit du versant réactionnaire des musulmans, en revanche, on doit se contenter d’un silence radio pudique. Et l’on nous parle de conséquence ?

Lorsque l’auteur déplore la réaction face à la candidate du NPA, Ilham Moussaïd, il n’oublie jamais de dire que c’était au seul motif « d’être musulmane et de porter le voile », alors même que l’opposition venait seulement du fait qu’elle portait le voile. C’est un détail qui compte, ne serait-ce que parce que jusqu’aux dernières nouvelles, on peut être musulmane sans porter le voile. Monsieur Tevanian pourrait aller dans les nombreux pays où le port du voile est obligatoire, où l’absence de voile est sévèrement et physiquement punie par la loi, et où il est un symbole absolu de domination patriarcale, et expliquer à toutes les femmes qui se battent pour ne pas le porter, que dans les pays où l’on a plus de liberté, c’est tout à fait merveilleux de porter sur soi un symbole qui dans bien des endroits est le porte-drapeau d’une violence inouïe commise envers les femmes. Mais nous y reviendrons.

Toutes ces imprécisions sont pourtant de l’ordre du détail quand on en vient au cœur de la définition du problème. C’est le sentiment antireligieux qui est en cause et qui intéresse notre auteur. Mais quelle vision en a-t-il ? Une personne qui développe un discours critique sur les religions est donc forcément violente, bête, pétrie de préjugés, obsessionnelle puisqu’elle semble forcément en faire sa priorité, et en général de plus peu conséquente. Voilà donc le portrait qui en est fait, si bien que l’auteur ne parle jamais à propos de « l’irreligieux » ou de « l’antireligieux » (on ne sait pas très bien) d’une critique, mais systématiquement d’une haine, comme si une pensée critique de la religion, ne pouvait qu’être guidée par la haine. Une telle simplification d’une position pourtant légitime et réfléchie, partagée par bien plus de gens que les défenseurs de la religion ne le croient (et non pas seulement par les trois pauvres bougres « irréligieux » conséquents évoqués dans le texte, mais néanmoins ontologiquement bêtes semble-t-il), mérite une réponse en bonne et due forme, car l’argumentation que nous critiquons ici est loin d’être un fait isolé et connaît de multiples avatars.

Oui, l’on peut tenir un discours critique à l’égard à la fois des institutions religieuses et de la foi religieuse , sans être une brute assoiffée de discrimination. La première précision à faire serait la suivante. Un « antireligieux », pour réutiliser les termes de Tévanian, conséquent n’a rien à voir avec un athée, qu’il combat autant que les autres. Il faudrait donc revoir l’utilisation du vocabulaire. Ce dernier est agnostique et considère qu’il est impossible de formuler un quelconque jugement rationnel sur l’existence de Dieu, si bien qu’il dénonce le danger intellectuel qui découle de toute prise de position sur cette question (positive ou négative) et relègue, à raison, l’athéisme au rang de religion comme les autres, ce dernier constat étant le premier des poncifs, et donc un fait suffisamment évident pour rendre légère toute argumentation qui s’en contente. L’athéisme est un acte de foi évident, qui n’a rien à voir avec la raison. Alors qu’ « antireligieux » semble fonctionner comme une insulte pour cette gauche spiritualiste, il faudrait lui rappeler le bien-fondé intellectuel d’une telle position, telle que nous la définissons, qui n’est pas seulement l’apanage des abrutis. Lorsque l’on refuse l’idée de foi religieuse, on considère qu’il est dangereux de se prononcer sur l’existence de Dieu pour la simple raison qu’une telle prise de position suppose un abandon absolu et circonscrit de la raison pour un acte de foi pur. Ce processus, une fois justifié pour un objet, n’a plus de raison d’être interdit pour un autre, et l’enchaînement se révèle souvent profondément dommageable pour l’indépendance intellectuelle du sujet. Il n’y a pas de différence de fond, sur le plan intellectuel, entre le fait de croire au dieu chrétien, et à la divinité de la secte du coin, qui sera d’ailleurs peut-être dans 500 ans une religion dominante, dès lors qu’aucun argument de raison ne peut légitimer la croyance en un dieu (qui peut ainsi prendre n’importe quelle forme). A cela, le pieux défenseur de la religion nous répondra qu’il y a un monde entre la religion chrétienne ou musulmane et la croyance développée par un gourou de secte, sans autre argument qu’une forme de bon sens culturellement établi autour de la grande richesse culturelle des sociétés chrétiennes et musulmanes (tout à fait réelle de fait mais hors de propos dans le cas présent) qui permettra d’acquiescer au son d’un « non tout de même ce n’est pas comparable ».

Ce n’est pas comparable sur le plan social, politique et culturel, car les intentions des fondateurs des deux formes de croyance présentées, et leur résultat historique, n’ont rien à voir. Toutefois, l’acte de foi individuel qui consiste à mettre sa croyance dans l’objet donné à nous comme une vérité révélée est lui exactement similaire. C’est là que le bât blesse. Entre croire que Jésus est le fils de Dieu et croire que le harangueur du coin en est la réincarnation, il n’y a pas de différence sur le plan de l’engagement intellectuel de mise en suspens de la raison qu’il implique et cela ne fait d’ailleurs pas vraiment débat dans des pays comme les Etats-Unis où l’on peut franchement croire dans le discours de n’importe quel prédicateur errant ou télévisuel, qu’il soit chrétien ou adepte d’une secte lambda. Il y a aura bien entendu plusieurs degrés. Les plus fermés d’esprit auront une définition restreinte des religions sérieuses, et de celles qui ne le sont pas, ramenant en général les premières aux monothéismes. Les croyances polythéistes de l’Antiquité ou l’animisme seront ravalés au rang de singerie folklorique. Les plus ouverts sur le monde diront que toutes ces croyances sont merveilleuses et que toutes les religions et les croyances se valent, jusqu’au jour où, malgré leur exaltation béate pour le fait religieux, sans même y faire attention, ils sauteront à pieds joints sur l’une d’entre elles, dont le caractère exotique était tel, qu’ils ne se seront même pas rendus compte que les fidèles de cette croyance étaient sérieux. Il n’y a pas de juste milieu entre ces deux positions, malheureusement, car la limite à fixer entre la croyance « valable » et celle qui ne l’est pas est impossible à établir, du fait même qu’aucun argument rationnel ne peut être mobilisé en leur faveur. La première position affiche le plus grand mépris pour toutes les religions qui ne sont pas issues de son propre environnement culturel, la seconde est la porte ouverte à toutes les manipulations sectaires. C’est face à cette impossibilité de déterminer la valeur intellectuelle d’une croyance, et devant l’extrême danger qui résulte de l’acceptation de toutes les croyances (il suffit de mettre un pied en Amérique du Nord pour avoir une idée du mal que peut faire une telle philosophie), qu’une position fondamentalement critique de la foi religieuse se justifie.

Elle postule donc que la croyance religieuse, par essence arbitraire, doit être rejetée, afin de ne pas laisser cette suspension totale de la raison dicter nos positions intellectuelles. Et l’on peut être profondément opposé à toute forme de croyance religieuse, et militer pour défendre cette position, tout en respectant que certains soient croyants, de même que l’on peut militer contre le capitalisme contemporain, et respecter l’intégrité de ceux qui le défendent. Quelle violence découle de cela ? Aucune. Ce combat est purement intellectuel et ne passera pas autrement que par des mots. On peut critiquer la foi religieuse par les mots, comme on peut la propager par les mêmes moyens. Il s’agit d’une bataille culturelle, et la position critique de la foi religieuse a tout autant que les autres le droit d’exister. Et encore, ce fondement intellectuel d’un rejet purement intellectuel de la croyance n’a au fond même rien à voir avec la question du rejet du voile, des manifestations contre le mariage gay, ou de je ne sais quoi encore. Ces derniers éléments correspondent au rejet des formes de réactions sociales portées par la religion. Sur ce plan-là, il y a de quoi admettre que l’on soit plus sévère (que sur le plan de la croyance individuelle, qui est un pur débat intellectuel, et le fruit, en définitive, d’un choix inidividuel). Et là encore, il n’est aucune raison de faire un tri entre celles que l’on doit combattre et celles que l’on ne doit pas combattre.

Le problème avec la religion, c’est que la conception qu’en a cette gauche bisounours, prête à sacrifier toute cohérence intellectuelle sur l’autel de la tolérance, en fait une croyance personnelle entièrement spirituelle, comme si une femme portait le voile simplement par son pur choix d’individu libre, ce qui, en plus d’être un véritable parangon d’application intrinsèque de l’idéologie libérale, qui postule avant toute chose la liberté fantasmée des individus, fait l’impasse sur le fait qu’une religion est la forme politique, sociale et culturelle d’une croyance. Qui dit religion et pratiques religieuses, dit institutions religieuses, morale religieuse et rapports de force politiques associés. Inévitablement. Il n’y a pas de musulmans sans Islam, ni de catholiques sans Eglise. Et sur ce point, la nocivité potentielle des institutions religieuses n’est plus à prouver, elles qui ont une assez nette tendance à choisir de soutenir la classe dominante, quand elles ne constituent pas carrément cette classe : on voit bien peu l’Eglise catholique s’insurger contre le néolibéralisme mais on la voit beaucoup manifester contre le mariage gay ; on voit assez peu les leaders musulmans critiquer la concentration des pouvoirs et des capitaux dans les mains d’une minorité ; on voit encore moins les milieux protestants d’Amérique du Nord remettre en question les structures de domination qui fondent la société américaine, et les autres. La liste serait longue. Du reste, on retrouve, dans les franges les plus extrêmes de ces institutions un intérêt commun flagrant entre elle et la classe dominante : la proximité terrifiante entre les ultralibéraux américains et les intégristes d’Amérique du Nord, l’insertion extrême des franges les plus extrémistes de l’Islam dans le capitalisme contemporain, l’omniprésence des catholiques intégristes dans tous les mouvements de droite néolibérale, qui font semblant de vouloir humaniser le capitalisme et votent Nicolas Sarkozy. Il est certain, et nous pouvons en cela rejoindre Tévanian, que le combat contre les institutions religieuses n’est pas la priorité du combat de gauche, mais il a tout de même toute légitimité à exister.

Jusqu’à preuve du contraire, on peut exprimer une hostilité claire au voile comme symbole affiché de la domination patriarcale, une hostilité claire aux mouvements anti-avortements et homophobes catholiques, et ainsi de suite, tout en considérant que la finance dérégulée est le fléau principal de notre temps et que c’est l’état de misère qu’il crée qui permet que de tels archaïsmes survivent. Ce n’est pas parce qu’on s’oppose clairement à tout cela qu’on est obsédé, ni que l’on en fait sa priorité. En revanche, la position qui tend à défendre systématiquement le port du voile et à vanter les mérites extraordinaires de la religion, sans nuance, est tout à fait étonnante de la part de personnes qui dénoncent par ailleurs la domination bourgeoise, dont la religion, surtout dans sa variante la plus superstitieuse, est bien souvent l’un des outils (sinon principal, du moins important). On ne demande à personne de s’enfoncer dans l’obsession antireligieuse, mais simplement de reconnaître que cette position critique se justifie, quand bien même elle serait secondaire dans la lutte contre une domination de classe. Les chevaliers blancs de la religion version gauche postulent par ailleurs qu’on ne devrait pas s’opposer à l’aspect réactionnaire de la religion musulmane sous prétexte qu’elle serait minoritaire. Minoritaire où ? En France certainement. Mais on s’étonne d’un point de vue aussi franco-centré sur une question qui est évidemment internationale, de la part de défenseurs auto-proclamés du multiculturalisme. On a peu l’impression, lorsque l’on tape sur les pratiques réactionnaires d’une religion pratiquée par un cinquième de la population mondiale, de taper sur un faible. Pour éviter le débat, les défenseurs de gauche de la religion font donc comme si le port du voile était une pratique neutre, non discriminatoire, et absolument pas patriarcale, afin de lancer à la figure de toute personne osant le critiquer le terme choc d’ « islamophobe ». Le voile ne peut se concevoir seulement dans son contexte français, mais seulement dans un contexte international, et il faut être bien naïf pour croire que la simple décision d’un individu qui porte un symbole d’oppression de lui donner un autre sens, comme par magie, suffit à rendre l’opération effective.

On ne peut pas non plus considérer la question de l’opposition des catholiques français au mariage homosexuel dans le contexte seulement français, car il faut être conscient que c’est l’Eglise toute entière qui s’élève contre les droits des homosexuels, dans le monde entier, par exemple en Amérique du Sud, où le nouveau Pape a été un opposant affirmé au progrès pour les droits homosexuels. Et si l’on ne peut pas critiquer l’Islam sans critiquer les réactionnaires protestants créationnistes d’Amérique du Nord, comme on aime à nous le rappeler, on ne peut pas non plus faire le contraire, et critiquer les réactionnaires chrétiens et laisser de côté la réaction musulmane, sous prétexte que cela aurait quelque chose à voir avec le racisme (rappelons par ailleurs que la grande majorité des catholiques se trouvent en Amérique du sud, en Afrique et en Asie : est-ce pour autant raciste de critiquer le catholicisme ?).

En ce qui concerne les formes les plus violentes de la réaction religieuse, il suffit de voir à quel point le terrorisme se revendiquant de l’Islam est consciemment attisé et entretenu par la même violente bêtise des adeptes du conflit de civilisation d’Amérique du Nord, intégristes républicains en première ligne, et comment cette violence est par exemple entretenue en Israël et en Palestine, par la colonisation sauvage de l’Etat d’Israël soutenue à la fois par ces mêmes intégristes protestants et par leurs homologues juifs et dont le résultat est la propagation d’une violence toute aussi condamnable de leurs homologues musulmans, le tout d’un commun accord. Et il est malheureusement trop facile de dire que ces intégristes de tous bords sont un cas particulier sans lien avec les institutions réelles de ces diverses religions. On est malheureusement loin du compte. Il n’y a pas de tri à faire dans les religions, entre celles auxquelles on peut s’opposer, et celles auxquelles on ne peut pas s’opposer, et au fond entre les bonnes et les mauvaises. On notera par ailleurs à quel point ces intégristes de tout poil ont les deux pieds bien ancrés dans le capitalisme financier.

C’est ce dernier qu’il faut combattre en priorité, mais ce n’est pas pour cela qu’il faut oublier que les débordements religieux valent qu’on s’arrête sur eux, ne serait-ce que pour tout le mal immédiat qu’ils provoquent, de même que l’on a le droit de défendre une position rationaliste critiquant la notion même de foi sans pour autant vouloir se débarrasser de tous les croyants. Oui le voile (que toutes les musulmanes, heureusement, ne portent pas), parce qu’il contient à la fois l’idée de cacher le corps de la femme et parce qu’il s’applique uniquement à un sexe, est une violence faite aux femmes : il n’est pas qu’un signe religieux, il est une discrimination intrinsèque. Et c’est avant tout pour cela qu’on doit le rejeter. Oui la position anticontraception et traditionaliste de la famille catholique revendiquée avec force par la plupart des cadres de l’Eglise et par de nombreux croyants, est une violence faite à la société (et non pas seulement à une catégorie d’individus), parce qu’elle véhicule une vision qui a fait bien assez de mal, et en premier lieu aux femmes. Sans parler de « rejet viscéral » à propos de la religion, admettons tout de même qu’une telle constance de toutes les institutions religieuses dans la défense des modèles sociaux et politiques les plus réactionnaires donne de nombreux arguments à ceux qui, n’en déplaise à la gauche spiritualiste, assument de s’opposer clairement aux diverses institutions religieuses et aux modèles sociaux qu’elles dictent.

A la pseudo-interrogation de monsieur Tevanian qui s’étonne du rejet de la candidate voilée du NPA « Quelle est par exemple la question exacte qu’a posée Ilham Moussaïd ? Qu’est-ce qui bloque ? Qu’est-ce qui est si difficile à accepter ? La religion ? Le voile ? L’islam ? Les Arabes ? Les « quartiers » ? », on répondra très facilement : « le voile » tout simplement, en tant que symbole évident d’oppression patriarcale. Se voiler la face au point de faire comme si la force et la violence de ce symbole étaient un détail laisse songeur sur la cohérence de l’argumentation de cette gauche, tolérante au point d’entériner une discrimination pour soi-disant en éviter une autre.

Gavroche.

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4 réflexions au sujet de « L’amour des religions »

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  2. Belle réponse à Pierre Tévanian que Christine Boutin peut aussi remercier. Connu pour être un anti-Fourest professionnel et ex-indigène de la république, je pense que cette gauche spirituelle ne représente pas grand chose non plus.

    • Je vous l’accorde, sous cette forme-là, je pense aussi qu’elle est très minoritaire. Malgré tout, les positions du type féminisme pro-voile et autres choses dans ce genre sont quand même visibles dans certains milieux de gauche.

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