Il ne faut pas faire le jeu de…

Une fois que la voie est clairement établie, il ne reste qu’à la défendre. Le parti socialiste, qui ne pouvait pas annoncer plus clairement la couleur de sa ligne libérale, est désormais forcé de se débattre. Ce serait assez facile face à la droite, qui a été au pouvoir pendant 10 ans, s’il ne poursuivait pas une politique presque similaire sur la plupart des questions sociales et économiques. Malheureusement, un alignement total sur les politiques néolibérales européennes déjà menées par Nicolas Sarkozy les prive de cette facilité, puisque l’attitude actuelle du gouvernement ne fait que légitimer les méthodes de la droite, qui ont par ailleurs débouché sur l’échec total que nous connaissons, et qui sera aussi celui du parti socialiste, apparemment converti au dogme du capital. Contre le Front National, le PS ne cherche même pas à se défendre, et son électoralisme à toute épreuve l’empêche de toute façon d’attaquer de front les positions de l’extrême-droite, notamment sur l’immigration, étant entendu que la propagande incantatoire faisant la promotion de l’idée selon laquelle l’immigration coûte cher et aggrave le chômage, grâce au zèle médiatique dont elle bénéficie, fait le beurre de tous les partis de droite, du parti socialiste au front national, pour le premier par « réalisme », pour le second par xénophobie primaire.

Si le gouvernement actuel se défend si mal contre le reste de la droite, il ne le doit donc qu’à lui-même. Il s’est mis dans l’incapacité volontaire de proposer une alternative politique, et a donc par là-même détruit toutes ses chances de tenir un discours crédible contre l’opposition, dont la crédibilité intellectuelle est le dernier des soucis, puisque sa capacité de résilience et de manipulation par rapport à son électorat est sans limite. A partir du moment où une partie conséquente de l’électorat de droite croit réellement que le gouvernement Ayrault pratique le matraquage fiscal contre les riches, il ne faut plus attendre de lui la moindre lucidité, ni la moindre capacité de réflexion. Si le parti au pouvoir, censé être en opposition à cette droite, est aussi incapable de défendre la moindre idée de gauche, le débat entre les deux factions politiques devient donc d’un vide abyssal.

Pour justifier cet échec politique et intellectuel majeur, les socialistes ne trouvent donc rien de mieux que d’accuser la gauche d’être responsable de cette débandade. La gauche aurait en effet le défaut majeur de croire qu’elle vit dans une démocratie et qu’elle peut défendre ses idées. Une position naïve et d’un autre temps. Dans la vision socialiste en revanche, il existe un monde binaire, avec deux étiquettes : gauche et droite. On notera que dans ce monde merveilleux, les étiquettes reflètent des couleurs (rose et bleu) et non des idées. Si l’on est du côté rose, on a le choix entre acquiescer bêtement, ou exprimer une idée divergente en avouant cependant que le « mur du réel » empêche son application et qu’il faut en effet se résoudre à faire comme il avait été décidé en premier lieu. Quand on choisit la troisième solution, qui consiste à défendre un programme de gauche, on est donc un ennemi politique de premier plan et l’on fait, comble du paradoxe, le jeu de la droite. La distinction entre gauche et droite existe plus que jamais. Quand on ne s’en réclame que par opportunisme politique, comme c’est le cas du parti socialiste, on est le premier responsable des discours sur l’indifférenciation entre la gauche et la droite. Voilà où en est arrivé le parti socialiste : pour lui, promouvoir un programme de gauche, c’est faire le jeu de la droite. En revanche, qu’un parti qui est censé représenter la gauche mène une politique néolibérale aussi orthodoxe, ça ne fait pas du tout le jeu de la droite. Le parti socialiste a arrêté de penser il y a 20 ans, et voilà le résultat.

On a même vu une lettre pathétique de Jean-Christophe Cambadélis, qui n’est même pas capable d’écrire dans un français correct, reprocher à Jean-Luc Mélenchon d’être méchant. A part faire croire que le parti socialiste augmente le smic et va faire construire 500 000 logements par an, ce qui ne manque pas de culot, il n’est pas capable d’autre chose que de pleurnicheries. Il reproche à Jean-Luc Mélenchon le refus immédiat de participer au gouvernement par « préjugé » de la part du Front de gauche. Monsieur Cambadélis, si le Front de gauche a refusé d’entrer au gouvernement, c’est parce qu’il avait lu votre programme, et non par préjugé, l’avenir ayant d’ailleurs montré, comme il fallait s’y attendre, que la politique menée serait encore pire que le programme annoncé. Si en revanche le parti socialiste avait lu le programme du Front de gauche, il saurait que celui-ci est très loin de l’opposition systématique et qu’il contient de nombreuses propositions. Bien entendu, comme aucune d’entre elles n’est même écoutée, le Front de gauche ne risque pas de donner un quelconque « satisfecit ». Avec leur accord sur le travail, véritable prospectus du MEDEF qui s’apprête à détruire avec soin le droit du travail en France, le parti socialiste a définitivement signé la rupture avec la gauche et avec ses valeurs. S’il ne lui reste que les jérémiades de Jean-Christophe Cambadélis ou les manipulations de chiffres de Jérôme Cahuzac dans les années qui viennent, il a intérêt à ce que la propagande médiatique pour l’austérité soit plus forte que jamais. Sur ce point, il peut pourtant avoir bon espoir.

Gavroche

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