Les Forts de l’UMP

Quand on entend un Jean-François Copé triomphant proclamer que « la droite décomplexée est de retour »[i], on se dit qu’on a dû manquer un épisode. Mais quand était-elle donc partie ? Jamais en réalité, mais il est toujours bon, dans un contexte politique où l’on peine à trouver une quelconque nouveauté, de faire croire à des tournants ou à des retours. L’UMP est d’extrême-droite depuis belle lurette et la énième victoire de la ligne Buisson n’est que la cerise sur le gâteau. Bien sûr, le camp de François Fillon, fort du soutien d’un Wauquiez ou de la brochette droitière des Alpes-Maritimes (Ciotti, Estrosi…), n’avait au fond pas grand-chose à envier aux délires ultra-droitiers de son adversaire Copé. Pourtant, par un jeu des médias dont nous avons à présent l’habitude, qui aime faire des distinctions où il n’y en a pas et à mettre dans le même sac ce qui n’a rien à voir, Jean-François Copé était présenté comme le candidat très à droite et François Fillon comme le recours centriste. Prenons donc acte de cette propagande journalistique et de cette mise en scène interne à l’UMP pour tirer les conclusions qui s’imposent.

Il faut bien croire que cela n’a pas effrayé les militants de l’UMP. L’homogénéisation de l’électorat du Front National et de l’UMP, que plus personne ne cherche désormais à cacher, est en voie de finalisation. Cela aura au moins l’avantage de nous épargner les éternels fantasmes de l’origine communiste de l’électorat FN, où fourmillerait l’ancienne classe populaire de gauche déçue par 30 ans de néolibéralisme. L’électorat populaire de droite a toujours existé, dans une proportion non négligeable, et c’est plutôt là qu’il faut aller chercher la frange populaire, voire ouvrière, de l’électorat FN, qui n’en représente par ailleurs qu’une portion somme toute largement surestimée, comme en témoigne l’ancrage rural et périurbain du vote Marine le Pen, dans les divers échelons de la classe moyenne, aux dernières élections présidentielles. Pour le reste, il faudra subir encore et toujours les mêmes inepties xénophobes d’une droite qui, hormis les épisodes du gaullisme et de la droite dite modérée, enterrés par le sarkozysme, n’a pas changé d’un pouce depuis l’entre-deux-guerres.

L’élection de Copé (ou du moins, l’élection potentielle, semble-t-il) ne doit pas nous faire oublier un autre fait majeur au sein de l’UMP. La Droite Forte de Guillaume Peltier se retrouve en tête lors du vote des motions avec le score admirable de 28%. Mais qu’est donc cette droite au nom si alléchant ? S’il fallait trouver un bon représentant de ladite « droite décomplexée », on a tiré le pompon avec la Droite Forte. S’infliger la lecture des propositions de leur site internet est aussi vomitif qu’instructif. On y apprend tout d’abord que pour qu’une idée soit bonne, il semblerait qu’elle ait besoin d’être forte. Tout concept est en effet décliné sur ce site dans sa version « forte ». Tous ceux qui auraient pu croire à un amollissement de l’UMP sont donc vite rassurés par la couleur fasciste que cette pratique donne à toute idée énoncée. Hélas, si ce n’était que la forme ! On trouvera de nombreuses étrangetés nationalistes, xénophobes, ultra-réactionnaires et/ou ultralibérales dans la section « Les Idées fortes »[ii], où la présentation du menu rappelle étrangement une faucille (ce doit être une faucille forte), qui ne donne franchement pas envie de voir à quoi ressemble le marteau.

On constate sans étonnement que la priorité numéro un est intitulée sobrement « La lutte contre la fraude et l’assistanat » dans un vocabulaire tout Wauquiezien (la droite sociale n’est peut-être pas loin !). Le constat préliminaire faisant référence à un rapport de l’assemblée[iii], que le site se garde bien de citer, qui chiffre la perte à 20 milliards d’euros, oublie de préciser qu’au moins trois quarts de la somme, si tant est qu’elle soit fiable, concernent la fraude aux prélèvements, et non la fraude aux prestations. Pourtant, à part une mesure revendiquant la fermeté contre l’exil fiscal qui a tout de l’incantatoire (après dix ans de droite au pouvoir, on attend toujours la moindre mesure de ce côté-là, or la Droite Forte se dit profondément sarkozyste), c’est bel et bien le déluge de régressions sur les prestations, avec notamment la suppression de nombreuses d’entre elles pour les étrangers, l’imposition des revenus d’assistance et, bouquet final, la suppression de l’AME pour les étrangers et la suppression de la CMU qui relèvent carrément de la barbarie. Nos crypto-fascistes préférés démontrent dans leur idée forte n°2 un attachement touchant à la démocratie française et leurs mesures révolutionnaires consisteraient notamment à obliger le service public à engager des journalistes de droite. Ces pauvres gens n’ont vraisemblablement pas regardé France 2 depuis longtemps. On notera leur volonté louable de promouvoir la pensée de droite : « Les penseurs et journalistes de droite, comme Eric Brunet, Eric Zemmour et Elisabeth Lévy sont très peu représentés dans l’audiovisuel français. »[iv]. Il semblerait qu’ils aient oublié de citer un penseur. La mesure frappante reste quand même l’arrêt du financement public des syndicats, qui va encore plus loin que le programme du Front National dans la destruction du syndicalisme français. Et on rigole doucement de la mesure 9, qui préconise l’application des trois jours de carence dans le service public, ce qui, en plus d’être une régression sociale majeure et un bon exemple d’harmonisation vers le bas, n’a tout simplement rien à voir avec le thème proposé. Taper sur le fonctionnaire semble être suffisant pour rendre la mesure pertinente.

A la lecture du thème n°3, le lecteur est choqué d’apprendre que « les valeurs républicaines subissent de plein fouet les provocations d’une minorité d’extrémistes qui testent la solidité de nos institutions et de nos valeurs ». Pas besoin de s’étendre sur le dévoiement total du concept de laïcité que cette frange politique, là encore sur le même mode que le Front National, nous sert depuis quelques années. Il nous suffit de lire la mesure 2 pour saisir le degré de ridicule de l’argumentation : « Affirmer dans la Constitution française la phrase suivante : « la France est une République laïque de tradition chrétienne »[v]. Tout est dit. Dans cette mythologie républicaine dévoyée, le thème n°4 a quelque chose de magique. Il se propose en effet de reconstruire l’école républicaine (décidément, que de République !). On est alors frappé de voir que la mesure n°1[vi], en gras, séparée des autres, priorité ultime d’une refondation ambitieuse de tout le système éducatif français, est la nécessaire interdiction du droit de grève des professeurs. Au-delà du caractère profondément anti-démocratique de la mesure, on est frappé par la hauteur de vue du programme éducatif. En plus de la soupe libérale habituelle sur l’autonomie des établissements, l’ouverture de l’école à l’entreprise et la remise en avant de l’apprentissage à 14 ans, on a bien sûr droit à l’obligation horaire pour les professeurs de 25 heures de cours par semaine, alors que ces derniers travaillent déjà 40 heures par semaine en moyenne avec 15 à 18 heures de cours par semaine. Une idée en or donc, qui permettra aux professeurs surmenés d’éduquer efficacement les élèves.

Le programme pour le redressement économique et social est sans surprise. On peine à trouver le caractère social d’un programme annonçant pêle-mêle l’augmentation de la TVA, la suppression du logement social, la semaine des 40h, la retraite à 65 ans, l’affaiblissement des allocations chômage, une baisse massive des dépenses publiques et qui ne propose pour les entreprises qu’une nouvelle flopée d’exonérations fiscales. Un classique cependant venant du parti du MEDEF. La supercherie qui consiste à mettre social devant un programme profondément antisocial semble avoir encore de beaux jours devant elle. Enfin, on a droit au coup de force final quand l’on trouve parmi les cinq petites (mais néanmoins fortes) mesures pour la justice (vous aurez deviné comment la qualifier), l’improbable grande politique de co-développement avec les pays du Sud. Il fallait oser le faire, la Droite Forte l’a fait. La refondation de la justice française et la sécurité en France passeront donc par le co-développement avec les pays du sud, qui envoient pour le moment leurs hordes de pirates et de brigands piller les terres fertiles de notre chère France.

Voici donc la portion de l’UMP, profondément sarkozyste rappelons-le, qui arrive en tête des élections internes, renforcée par l’élection d’un Copé dont le programme politique est dans la droite ligne du déchet intellectuel décortiqué plus haut. On ne sait plus vraiment qui de la Droite Forte ou du Front National est désormais le plus à droite, mais on ne doute pas de la saine émulation qui guidera les rapports des deux factions politiques dans les années à venir. Retenons tout de même le degré poussif de mensonges que cette ligne politique est capable d’accumuler en se disant sociale, républicaine et laïque, quand elle n’est aucune des trois. Il faudrait peut-être commencer par là et titrer le site « La Droite Forte : ultra-libérale, autoritaire et chrétienne ». Cela aurait au moins le mérite de l’honnêteté, mais ce n’est pas une qualité qui semble être à l’ordre du jour (ou alors une honnêteté forte ?). Il semblerait que quand l’on n’a aucune imagination ainsi qu’une intelligence vraisemblablement limitée et que la présentation mensongère des faits et des idées est le seul mode de communication dont on est capable, il ne reste effectivement plus que la force. On ne peut alors s’empêcher de rire quand on entend Rachida Dati parler de grand moment démocratique pour l’UMP. La Démocratie Forte, ça sonne comment ?
Gavroche

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