De l’élection présidentielle aux Etats-Unis

La campagne pour l’élection présidentielle américaine aura été passionnante. Non pas parce que les médias nous ont rabâché à longueur de journée les différences de langage entre bonnet blanc et blanc bonnet, le second fût-il noir, non pas pour le consensus d’idées qui ne trouvait plus que la bataille des discours comme cache-sexe à la misère de la pensée, non pas pour savoir si l’égoïsme l’emporterait franchement ou à mots couverts… Non, elle était passionnante parce qu’elle nous a rappelé tout ce en quoi les Etats-Unis ne sont pas et n’ont jamais été aussi peu une nation démocratique ; elle était passionnante parce qu’elle a poussé à l’outrance des vices qu’on voit apparaître chez nous et qu’on ferait bien de guérir à la racine si l’on ne veut pas se trouver un jour à l’ombre de l’arbre de l’ignorance. Laissons de côté les critiques que nous, Français, pourrions adresser aux Américains parce que nos traditions et nos pensées divergent ; considérons plutôt ce qui nous rapproche, et pourquoi nous nous fourvoyons dans les mêmes impasses. A ce titre, que le suffrage soit direct ou indirect est presque le moins grave des maux. Que la droite soit plus « dure » aux Etats-Unis n’est encore qu’un épiphénomène lointain du glissement de terrain qui menace la démocratie. En dénonçant les vices de la campagne présidentielle américaine, nous sommes amenés, hélas, à balayer devant notre porte.

Depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, la vie politique américaine s’est partagée en deux camps, républicain et démocrate, sans laisser d’interstice aux autres partis. Le suffrage indirect est certes pervers : Ralph Nader, le candidat écologiste de 2000, a vu ses 2,74% de vote fondre à 0 quant au nombre de grands électeurs. Mais d’une part l’absence de proportionnelle en France nous a rendu familiers de cette situation, d’autre part, le problème vient surtout de ce que le troisième parti américain, dans ses meilleures heures et à quelque courant qu’il appartienne, ne dépasse pas 3% : encore ces miettes du festin lui ont-elles été vigoureusement reprochées par le malheureux candidat démocrate qui aurait pu, sans cette candidature « inutile », empêché G. W. Bush d’accéder au pouvoir. Il faut croire que la leçon d’oligarchie a été retenue puisque les deux dernières élections ont donné 0,1% aux Verts américains… Bien sûr, nulle trace de tout cela dans les médias ; ils craindraient peut-être les poursuites pour ressemblance fortuite avec des pratiques existant de l’autre côté de l’Atlantique autour d’un certain « vote utile »…

Tout aura été fait, pendant l’élection, pour déstabiliser et délégitimer ces « petits » candidats, avec un mépris qui confondrait (en excuses de ne pouvoir faire aussi bien) un Franz-Olivier Giesbert. Lorsqu’on les a entendus parler, ils étaient soigneusement encadrés par le présentateur télé, rappelant qu’ils « ne compteront pas le 6 novembre », intervention que les médias français se sont empressés à leur tour de rapporter si par aventure ils leur ont consacré un article en page 10. Qu’est-ce que flatte donc une telle bipartition politique, qui cache elle-même une grande proximité d’idées entre les deux « grands » partis ? A-t-on si peur du conflit public, a-t-on oublié que c’est pourtant le propre de la démocratie de pouvoir le présenter sur le forum au lieu de le désamorcer en coulisses ? La métaphysique occidentale a longtemps cherché à expliquer le monde par un principe unique, ou par la rencontre de deux principes : est-ce ce besoin structurant de la pensée qui nous empêche aujourd’hui encore de faire confiance à la diversité des points de vue et de dire « jamais deux sans trois », « jamais trois sans quatre », si le peuple le veut ?

Gauvain

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